Voyageurs partageant un repas traditionnel avec une famille locale en Asie, moment de connexion authentique
Publié le 15 mars 2024

Le voyage véritablement éthique en Asie ne réside pas dans une simple checklist de bonnes actions, mais dans la déconstruction de nos propres réflexes de touriste pour interagir différemment.

  • Votre argent a plus d’impact lorsque vous comprenez où il va, des agences aux marchés locaux.
  • Le rythme du voyage (le « slow travel ») est plus important que la destination pour une réelle immersion culturelle.

Recommandation : Avant de planifier, auditez vos propres attentes. Cherchez-vous à consommer une destination ou à comprendre une culture ? La réponse conditionne tout le reste.

L’Asie. Le mot seul évoque des images de temples millénaires, de marchés flottants colorés et de paysages à couper le souffle. Pourtant, derrière la carte postale se cache une réalité plus complexe : celle du tourisme de masse qui, paradoxalement, menace d’éroder l’authenticité même que les voyageurs viennent chercher. La tentation est grande de cocher des destinations sur une liste, de capturer le cliché parfait pour les réseaux sociaux, et de repartir avec le sentiment d’avoir « fait » un pays. Cette approche, bien que compréhensible, transforme l’expérience culturelle en simple produit de consommation.

Face à ce constat, une conscience émerge. De plus en plus de voyageurs aspirent à un tourisme plus responsable. Les conseils habituels fleurissent : privilégier les transports moins polluants, acheter des souvenirs locaux, ne pas participer aux attractions impliquant des animaux exploités. Ces recommandations sont nécessaires, mais elles restent à la surface du problème. Elles constituent une première étape, mais ne suffisent pas à garantir un impact positif, ni une expérience véritablement immersive. Le risque est de tomber dans un « tourisme de la bonne conscience », où l’on suit des règles sans en comprendre les mécanismes profonds.

Mais si la véritable clé n’était pas seulement dans une série de « bons choix » de consommation, mais dans un changement radical de posture ? Si le voyage éthique consistait moins à « bien faire » qu’à « mieux être » ? Cet article propose de dépasser la checklist. Notre angle, inspiré par une approche anthropologique, est de déconstruire les réflexes du touriste occidental pour réapprendre à observer, interagir et accepter la complexité d’une culture. Il ne s’agit pas de juger, mais de fournir des clés de lecture pour que votre présence en Asie devienne une source d’enrichissement mutuel, et non une simple transaction.

Nous aborderons ensemble les dilemmes concrets du voyageur conscient, de la vérification des agences dites « éthiques » à l’impact invisible de nos photographies, en passant par le choix du bon rythme pour véritablement s’imprégner d’une culture. Ce guide est une invitation à transformer votre regard pour que votre voyage en Asie ne soit pas juste une visite, mais une véritable rencontre.

Comment vérifier qu’une agence « éthique » reverse vraiment l’argent aux communautés locales ?

Le marché du tourisme « responsable » est en plein essor, et avec lui, le risque de « social washing ». De nombreuses agences mettent en avant leur éthique, mais comment distinguer les promesses marketing d’un engagement réel ? La confiance ne doit jamais être aveugle. Le premier réflexe n’est pas de croire l’étiquette, mais de questionner la transparence. Une organisation véritablement engagée n’aura aucune difficulté à fournir des preuves tangibles de son impact et de sa structure financière.

L’enjeu est de passer d’une logique de charité, où le voyageur est un sauveur passif, à une logique de partenariat, où l’échange est équilibré. Une agence qui se contente de vagues promesses de « soutien aux locaux » sans chiffres précis doit éveiller votre méfiance. Il est essentiel de comprendre la chaîne de valeur : quel pourcentage du prix que vous payez arrive concrètement dans les mains des guides, des familles d’accueil ou des artisans ? Des structures comme l’agence Double Sens, par exemple, communiquent sur leur engagement à reverser une part équitable aux populations locales depuis leur création. C’est ce niveau de détail qu’il faut rechercher.

Personne analysant des rapports d'impact et documents financiers d'agence de voyage

Avant de vous engager, menez votre propre enquête. N’hésitez pas à poser des questions directes et précises. Une agence sérieuse verra votre démarche non pas comme de la suspicion, mais comme la marque d’un voyageur averti et engagé, le type de client qu’elle recherche. La véritable valeur d’une agence éthique ne réside pas seulement dans les destinations qu’elle propose, mais dans la qualité et la durabilité des relations qu’elle a tissées sur le terrain.

Voici 5 questions clés à poser avant de réserver, qui vous aideront à évaluer le sérieux de leur démarche :

  • Quel pourcentage exact du prix du voyage est versé directement aux partenaires locaux ?
  • Pouvez-vous me fournir un rapport d’activité ou d’impact détaillé de l’année dernière ?
  • Qui sont vos trois principaux partenaires communautaires et depuis combien de temps travaillez-vous avec eux ?
  • Comment votre action se différencie-t-elle d’une simple charité pour viser l’autonomie des communautés ?
  • Est-il possible d’échanger avec d’anciens voyageurs ou, dans le respect de leur temps, avec des bénéficiaires de vos projets ?

Photo ou souvenir : l’erreur comportementale qui vous ferme les portes des habitants

Dans notre culture visuelle, le réflexe est quasi pavlovien : voir quelque chose de beau, le photographier. Face à une scène de vie authentique, un artisan au travail ou un enfant au sourire éclatant, l’appareil photo devient une barrière. Cet acte, souvent perçu comme un hommage, est en réalité une transaction à sens unique. Il transforme l’autre en objet de notre consommation esthétique. C’est l’erreur fondamentale qui crée une distance et peut, malgré nos bonnes intentions, fermer les portes d’une interaction sincère. Le voyageur devient un « preneur » d’images, pas un « donneur » d’attention.

La clé du changement de posture réside dans l’inversion de cette logique. Au lieu de chercher à « prendre » une photo ou à « acheter » un souvenir, l’objectif doit être de « créer » un lien. L’expérience des voyageurs Camille et Illiès, connus sous le nom « Les Artisans de demain », est à ce titre éclairante. En quête d’immersion, ils ont découvert que l’hospitalité ne s’achète pas. Comme le souligne Camille Hinas, leur démarche est de chercher « toujours des modes de vie, des traditions, des cultures à découvrir ». Cette curiosité sincère, dénuée d’une volonté d’extraction, change tout.

Étude de Cas : L’approche des Artisans de demain pour créer des connexions authentiques

Lors de leurs voyages, Camille et Illiès ont été constamment surpris par l’accueil reçu. « Il y a une forte notion de l’invité, ils reçoivent avec beaucoup de générosité », expliquent-ils. Cette expérience les a forcés à remettre en question leurs propres codes culturels. « C’est vrai qu’en France, je n’inviterai pas un inconnu chez moi, mais là-bas ils l’ont fait sans hésiter alors ça fait réfléchir ». En choisissant de s’intéresser aux personnes avant les paysages, en posant des questions et en partageant des moments sans que l’appareil photo soit le médiateur principal, ils ont pu tisser des liens profonds. Leur témoignage montre que l’hospitalité est une réponse à une posture d’ouverture, et non un service inclus dans le voyage.

Le véritable « souvenir » n’est donc pas l’objet que l’on rapporte, mais la conversation que l’on a eue. Le conseil pratique est simple : gardez votre appareil photo rangé lors des premiers contacts. Apprenez à saluer dans la langue locale, souriez, montrez un intérêt sincère pour ce que la personne fait. Demandez la permission non seulement de photographier, mais surtout d’observer. Souvent, la plus belle récompense ne sera pas un cliché, mais un thé partagé, une histoire racontée, une porte qui s’ouvre sur un univers que vous n’auriez jamais pu capturer avec un objectif.

Compensation carbone : arnaque ou nécessité pour un vol transatlantique ?

Pour tout voyageur conscient se rendant en Asie, la question du vol est un dilemme moral. L’avion est souvent le seul moyen de transport viable, mais son impact climatique est massif. Face à cette « honte de prendre l’avion », la compensation carbone est souvent présentée comme la solution miracle, un moyen simple de racheter sa conscience écologique. En quelques clics, on peut « neutraliser » ses émissions en finançant des projets de reforestation ou d’énergies renouvelables. Mais cette solution est-elle une nécessité responsable ou une arnaque bien huilée ?

La réalité est complexe. Premièrement, l’impact de l’aviation ne se limite pas au CO2. Les estimations scientifiques récentes montrent que les traînées de condensation et autres émissions à haute altitude ont un impact sur le réchauffement entre 2 et 4 fois supérieur à celui du CO2 seul, un facteur rarement pris en compte dans les calculateurs de compensation. Deuxièmement, l’efficacité des projets financés est souvent remise en question. Le critère d’« additionnalité » est au cœur du problème : le projet financé par vos crédits carbone aurait-il vu le jour de toute façon ? Si la réponse est oui, votre contribution n’a eu aucun impact supplémentaire.

Une étude de l’Union Européenne sur le programme CORSIA (le système de compensation pour l’aviation internationale) a révélé des failles importantes. Elle a mis en lumière que de nombreux programmes labellisés ne remplissaient pas ce critère d’additionnalité, rendant le système potentiellement inefficace pour réduire réellement l’impact climatique du secteur. La compensation peut donc s’apparenter à une forme de « greenwashing », qui déculpabilise le voyageur sans garantir une réelle réduction des émissions globales.

Alors, que faire ? La solution la plus honnête est d’adopter la hiérarchie A-R-C (Avoid, Reduce, Compensate), ou Éviter, Réduire, Compenser. La compensation ne doit jamais être la première étape, mais le tout dernier recours, une fois que toutes les autres options ont été épuisées.

Hiérarchie A-R-C des actions carbone en voyage
Action Description Impact
Éviter (Avoid) Voyager moins souvent, mais plus longtemps et plus loin. Privilégier des destinations accessibles par des moyens moins polluants. Réduction maximale
Réduire (Reduce) Choisir des vols directs (le décollage est la phase la plus énergivore), des compagnies avec des flottes modernes, et voyager léger. Réduction partielle
Compenser (Compensate) En dernier recours, financer des projets de compensation via des labels reconnus (Gold Standard, Verra) en étant conscient de leurs limites. Dernier recours

Pourquoi votre estomac est-il votre pire ennemi lors des 3 premiers jours en Inde ?

Arriver en Inde, ou dans de nombreux pays d’Asie du Sud-Est, c’est s’exposer à un choc sensoriel total. Les odeurs, les sons, les couleurs… mais aussi les bactéries. Votre système digestif, habitué à un environnement aseptisé, se retrouve soudainement confronté à un tout nouvel écosystème microbien. La fameuse « turista » n’est pas une fatalité, mais une réaction quasi-logique de votre corps. Durant les 72 premières heures, votre estomac devient votre principal adversaire. Un inconfort digestif peut ruiner le début de votre voyage, vous rendant irritable, fatigué et beaucoup moins ouvert à la découverte et à la rencontre.

L’erreur commune est de vouloir « tout goûter » dès le premier jour, de se jeter sur la street food la plus alléchante sans précaution. C’est ignorer que l’immersion est aussi un processus biologique. Votre corps a besoin d’un temps d’acclimatation pour s’adapter à la nouvelle nourriture, à l’eau différente et aux nouvelles bactéries. Gérer cette transition n’est pas un signe de frilosité, mais une stratégie intelligente pour profiter pleinement de la suite du voyage. Un voyageur cloué au lit n’est utile ni pour lui, ni pour les communautés qu’il souhaite rencontrer.

La solution réside dans un protocole d’acclimatation progressif. Il ne s’agit pas de se priver, mais d’introduire les nouveautés avec discernement. La prévention commence même avant le départ. Une cure de probiotiques, notamment ceux contenant la levure Saccharomyces boulardii, peut préparer et renforcer votre flore intestinale. Une fois sur place, l’hygiène de base est primordiale : ne boire que de l’eau en bouteille capsulée (et l’utiliser aussi pour se brosser les dents), éviter les glaçons, les crudités et les fruits non pelés par soi-même. Voici un protocole simple à suivre pour les 3 premiers jours cruciaux :

  1. Jour 1 : S’en tenir à des aliments bien cuits et servis très chauds (la chaleur tue la plupart des bactéries). Consommer uniquement des fruits que vous pouvez peler vous-même (bananes, oranges).
  2. Jour 2 : Introduire des plats végétariens simples (plus faciles à digérer) dans des restaurants de confiance, idéalement recommandés par des locaux ou votre hébergement.
  3. Jour 3 : Tenter une première expérience de street food, mais en appliquant des critères stricts : choisir un stand avec une forte affluence locale (gage de fraîcheur et de qualité), où la nourriture est cuite minute devant vous.

En respectant cette montée en puissance, vous donnez à votre corps le temps de s’adapter, minimisant les risques de passer à côté des premiers jours de votre aventure culturelle.

1 pays en 1 mois vs 3 pays en 15 jours : quel rythme pour comprendre vraiment une culture ?

L’ère du voyage « low-cost » a instillé en nous une forme d’avidité géographique. La tentation est grande de maximiser un court séjour en Asie en « collectionnant » les pays : Thaïlande, Vietnam, Cambodge en deux semaines. Cette approche, que l’on pourrait qualifier de « tourisme de survol », donne l’illusion de la découverte mais empêche la seule chose qui compte vraiment : l’immersion. Comprendre une culture ne se fait pas en cochant des monuments sur une carte. C’est un processus lent, qui exige du temps, de la patience et la capacité à s’ennuyer un peu.

Le « slow travel », ou l’art de voyager lentement, n’est pas une mode mais un changement de paradigme. Il propose de substituer la quantité à la qualité. Explorer une seule région d’un pays pendant un mois est infiniment plus enrichissant que de traverser trois pays au pas de course. La lenteur permet l’imprévu, les détours, les rencontres fortuites. Elle nous sort du rôle de consommateur pressé pour nous placer dans celui d’observateur-participant. C’est en restant plus longtemps au même endroit que l’on passe du statut de « touriste » à celui de « visage familier », ce qui ouvre des portes insoupçonnées.

Voyageur participant aux activités quotidiennes d'un village asiatique

Le témoignage d’Illiès Boussaha après une longue immersion est parlant. Il raconte avoir pu « tisser des liens très forts avec ces habitants au point où, à la fin on se sentait presque parmi les peuples Wakhi ». Ce sentiment d’appartenance, même temporaire, est impossible à atteindre en quelques jours. Il naît de la répétition des interactions, du partage du quotidien, de la compréhension progressive des codes sociaux. C’est le véritable luxe du voyageur moderne. L’agence 8 IN ASIA a d’ailleurs basé son modèle sur ce constat, observant qu’il y a eu « un éveil des consciences sur notre manière de consommer le voyage. On voyage moins, mais mieux, plus durable et plus immersif ».

Choisir un rythme lent a des bénéfices multiples. Économiquement, cela permet de dépenser son argent de manière plus ciblée au sein d’une même communauté. Écologiquement, cela réduit les déplacements et donc l’empreinte carbone. Mais surtout, culturellement, c’est la seule méthode qui permet de commencer à percevoir les nuances, les non-dits, la complexité d’une société. Plutôt que de vous demander « combien de pays puis-je visiter ? », la question pertinente est : « combien de temps suis-je prêt à consacrer pour comprendre un seul endroit ? »

Chronologique ou thématique : quelle structure rendra votre carnet de voyage passionnant à relire ?

Le voyage est terminé, les souvenirs sont encore vifs. Le carnet de voyage est l’outil parfait pour en conserver la trace. Mais comment éviter de tomber dans le piège du simple journal de bord, une succession factuelle de « jour 1, nous avons visité le temple X, puis mangé Y » ? Un tel récit, s’il est utile, perd souvent la saveur et l’émotion de l’expérience. Pour qu’un carnet devienne un trésor passionnant à relire des années plus tard, il faut repenser sa structure et abandonner la seule chronologie.

L’approche la plus puissante est de structurer son carnet de manière thématique ou sensorielle, à la manière d’une « madeleine de Proust ». Notre mémoire ne fonctionne pas de manière linéaire, mais par associations d’idées, d’odeurs, de sons. Organiser vos souvenirs de cette manière permet de recréer l’atmosphère du voyage de façon beaucoup plus vivante. Qu’est-ce qui vous a le plus marqué ? Le brouhaha incessant d’un marché à Hanoï ? L’odeur d’encens dans un temple à Kyoto ? La saveur d’un plat que vous n’aviez jamais goûté ? Ces ancres sensorielles sont les véritables clés de vos souvenirs.

Une structure efficace peut être la « structure en miroir » : sur la page de gauche, notez les faits, les observations objectives, les informations pratiques. Sur la page de droite, laissez libre cours à vos réflexions, vos émotions, les questions que cela a soulevées en vous. Cette dualité crée une profondeur incroyable. Une autre approche est la structure purement sensorielle, où vous dédiez des sections entières à chaque sens. C’est un excellent moyen de capturer l’essence d’un lieu au-delà des simples visites.

Voici un exemple de structure sensorielle pour organiser votre carnet :

  • Les sons du voyage : Une double page pour noter les sons marquants. L’appel à la prière, le chant des oiseaux, la négociation sur un marché, le silence d’une montagne.
  • Les odeurs : Une section dédiée aux parfums qui ont défini votre voyage. Les épices, la cuisine de rue, la terre après la pluie, l’air marin.
  • Les goûts : Décrivez les plats découverts, les saveurs inédites, la texture surprenante d’un fruit local.
  • Les textures et le toucher : La sensation d’un tissu artisanal, la rugosité d’un mur ancien, la chaleur du sable sous vos pieds.

Cette approche transforme votre carnet d’un simple compte-rendu en une véritable machine à remonter le temps, capable de vous replonger instantanément dans l’ambiance de votre aventure.

Marché ou vente à la ferme : où payer le producteur au juste prix sans intermédiaire ?

L’un des piliers du voyage éthique est de s’assurer que son argent profite directement aux populations locales. Acheter sur un marché local semble être la solution évidente. Pourtant, même ici, la réalité est parfois complexe. De nombreux marchés, surtout dans les zones touristiques, voient affluer des revendeurs qui achètent en gros pour revendre aux touristes avec une marge confortable, coupant ainsi le producteur du juste prix de son travail. Le dilemme de la transaction se pose à nouveau : comment être certain que votre achat soutient un agriculteur ou un artisan, et non un simple intermédiaire ?

Comme le définit l’agence Double Sens, un voyage solidaire vise à « favoriser un échange authentique et mutuellement bénéfique ». Cet échange passe inévitablement par l’acte d’achat. La meilleure façon de garantir un impact direct est, lorsque c’est possible, d’acheter directement à la ferme ou à l’atelier. Cependant, cette option est rarement accessible. Sur un marché, l’enjeu devient alors d’apprendre à « lire » les étals et les vendeurs pour distinguer le producteur du revendeur. Cela demande un sens de l’observation et une interaction qui vont bien au-delà de la simple transaction monétaire.

Il existe une série d’indices, souvent subtils, qui peuvent vous mettre sur la bonne voie. Un vrai producteur aura une connaissance intime de ses produits, une fierté palpable et souvent, des mains qui portent les traces de son travail. Poser des questions simples sur la manière de cuisiner un légume ou sur la saisonnalité d’un fruit peut rapidement révéler la nature de votre interlocuteur. C’est une compétence qui s’affine avec l’expérience et qui transforme le simple fait de faire ses courses en une mini-enquête anthropologique fascinante.

Votre checklist pour identifier un vrai producteur sur un marché

  1. Observer les mains : Cherchez des signes de travail manuel. De la terre sous les ongles, des callosités ou des mains burinées par le soleil sont souvent un bon indicateur.
  2. Vérifier la saisonnalité et la diversité : Un vrai producteur vend ce que sa terre donne à un moment T. Méfiez-vous des étals proposant une vingtaine de produits parfaitement calibrés toute l’année. Un producteur a souvent une offre limitée à 3-5 produits.
  3. Analyser l’étal et le véhicule : L’abondance et la perfection ne sont pas toujours bon signe. Un étal plus modeste, avec des légumes de tailles variées, et une camionnette usée en arrière-plan sont souvent plus authentiques qu’un stand impeccable et un fourgon réfrigéré neuf.
  4. Tester les connaissances : Engagez la conversation. Demandez des conseils de préparation, l’origine exacte du produit, comment il a été cultivé. Un producteur sera passionné et précis, un revendeur restera vague.
  5. Repérer la cohérence : Observez l’ensemble des produits. Un vendeur qui propose des ananas à côté de pommes de terre dans une région où un seul des deux pousse est probablement un revendeur.

À retenir

  • Le voyage éthique est une posture, pas une checklist. Il s’agit de questionner ses propres habitudes de consommation et d’interaction.
  • Le temps est la ressource la plus précieuse. Le « slow travel » est la clé d’une immersion culturelle réussie et d’un impact local positif.
  • La transparence est le critère numéro un. Que ce soit pour une agence, un produit ou une compensation carbone, exigez des preuves et des détails.

Tourisme de masse vs voyage éthique : comment savoir si votre argent profite vraiment aux locaux ?

Au terme de cette réflexion, la question centrale demeure : comment s’assurer que notre passage en tant que voyageur est une force positive ? La réponse est qu’il n’existe pas de solution magique, mais une somme de décisions conscientes. Savoir si votre argent profite vraiment aux locaux n’est pas une question de label ou de certification, mais le résultat d’un audit permanent de vos propres dépenses. Cette prise de conscience écologique et sociale est d’ailleurs une tendance de fond : une étude de marché récente sur le tourisme durable a montré que déjà, près de 36,8% des Français choisissent le train ou le bus au lieu de l’avion lorsque c’est possible, un chiffre particulièrement élevé chez les jeunes générations.

Cette volonté de bien faire doit se traduire par des actions concrètes à chaque étape du voyage. Le modèle économique du tourisme de masse est conçu pour capter la quasi-totalité des dépenses du voyageur au profit de grandes chaînes hôtelières, de tours opérateurs internationaux et de plateformes de réservation. L’argent quitte le pays presque aussi vite qu’il y est entré. Le voyageur éthique, à l’inverse, cherche activement à court-circuiter ce système en privilégiant les acteurs locaux, des petites chambres d’hôtes familiales aux guides indépendants.

Pour vous y aider, la méthode H-A-S-T-N (Hébergement, Activités, Souvenirs, Transports, Nourriture) est un excellent outil d’auto-évaluation. Pour chaque grande catégorie de dépense, elle vous invite à vous poser les bonnes questions pour orienter votre choix vers l’alternative la plus éthique. C’est une grille de lecture simple mais puissante pour reprendre le contrôle de votre impact économique.

Méthode H-A-S-T-N d’audit des dépenses en voyage
Poste de dépense Questions à se poser Alternative éthique
Hébergement Qui est le propriétaire de l’établissement ? Est-ce une chaîne internationale ou une famille locale ? Chambres d’hôtes (guesthouses), gîtes ruraux, petits hôtels familiaux.
Activités Les guides sont-ils des résidents locaux ? L’agence est-elle détenue par des locaux ? Engager des guides indépendants certifiés, passer par des coopératives locales.
Souvenirs Ce produit est-il un véritable artisanat ou une importation de masse ? Puis-je rencontrer l’artisan ? Acheter directement dans les ateliers, les coopératives d’artisans ou les marchés certifiés.
Transports Puis-je utiliser une compagnie de bus locale, le train, ou louer les services d’un chauffeur local ? Privilégier les transports en commun locaux pour les trajets courts et moyens.
Nourriture Est-ce une chaîne de restauration rapide ou un restaurant familial qui se fournit au marché local ? Restaurants familiaux (« warung », « trattoria »…), stands de marché, cantines locales.

En définitive, visiter l’Asie sans détruire ce que vous venez voir est un acte d’humilité et de curiosité. C’est accepter de ne pas tout comprendre, de ralentir, et de considérer chaque interaction et chaque dépense comme une opportunité de créer un lien positif. Appliquez ces principes et votre voyage se transformera d’une simple consommation de lieux en une expérience humaine profonde et respectueuse.

Questions fréquentes sur le carnet de voyage immersif

Comment intégrer des éléments physiques sans alourdir le carnet ?

Utilisez des enveloppes transparentes adhésives, des pochettes en papier calque ou créez des rabats en papier pour y glisser des tickets de transport, des feuilles séchées, des cartes de visite ou d’autres petits souvenirs plats. Cela ajoute de la texture et de l’interactivité à votre carnet.

Quelle approche choisir pour un premier carnet de voyage ?

Pour un premier essai, la structure en miroir est idéale. Elle est simple à mettre en place (page de gauche pour les faits, page de droite pour les ressentis) tout en apportant immédiatement une grande profondeur à votre récit, vous forçant à analyser vos propres émotions face aux événements.

Comment organiser les rencontres marquantes ?

Dédiez une double page par personne ou famille clé que vous avez rencontrée. Essayez de noter des bribes de leur histoire, un résumé de vos échanges, et surtout, l’impact que cette rencontre a eu sur votre perception ou votre voyage. Vous pouvez même leur demander d’écrire un mot dans leur langue.

Rédigé par Lucas Perrin, Guide de haute montagne et consultant en écotourisme, expert en survie douce, randonnée et observation naturaliste. Il cumule 20 ans d'expéditions et de gestion de projets de micro-aventures respectueuses de l'environnement.